Chronique d'un départ annoncé ou pourquoi nous avons quitté la Confédération Générale du Travail CGT pour créer le Collectif général des Travailleurs Energie Dalkia France le CGT-E
Cher(e) camarade,Cher(e) collègue,
Comme nous le craignions depuis quelques temps, les désaccords avec certains dirigeants de la CGT se sont aggravés du fait de leur persistance à violer impunément les statuts et la démocratie syndicale.
Comme nous l’avions annoncé dans la précédente adresse aux syndiqués et rappelé dans les comptes rendus de nos conseils syndicaux, cette situation n’est pas fortuite. Elle résulte des dérives réformistes qui imprègnent l’image de la CGT dont les principaux dirigeants ne masquent plus leur adhésion à l’Europe libérale, leur accord avec les réformes du gouvernement Raffarin ( même s’ils souhaitent les teinter d’un léger vernis social) et leur volonté d’éliminer toute voix discordante qui pourraient « maculer » la nouvelle façade de la CGT ( si bien vantée par les médias, le Medef et le gouvernement) par des mots d’ordre de lutte et de résistance contre l’Europe libérale et ses corollaires destructeurs des droits et des acquis de l’après-guerre ( retraite, sécurité sociale, salaires, Code du travail, libertés syndicales, liquidation du patrimoine public national par la privatisation des grandes entreprises ayant permis le développement économique, social et culturel de la France, etc.)
Nous avons ouvertement houspillé cette dérive et avons clairement exprimé notre désaccord avec l’absence d’une stratégie de lutte alors que les travailleurs sont livrés aux délocalisations, aux plans sociaux et à la remise en cause sans précédent de tous les acquis sociaux.
Notre syndicat a dénoncé la stratégie d’échec qui a été mise en place par la CGT lors de la bataille des retraites (la CGT voulait négocier la réforme alors que les manifestants réclamaient son retrait). Nous avons dénoncé l’absence d’appel à la lutte pour défendre la sécurité sociale, pour défendre le code du travail et les conventions collectives menacés par le rapport « de Virvile », pour les CDI qu’on veut remplacer par des contrats de mission, pour défendre l’indexation des salaires sur l’évolution du coût de la vie à laquelle on veut substituer la prime au mérite…
Nous avons également dénoncé la perte d’indépendance syndicale par la prise en charge des salaires d’un grand nombre de permanents fédéraux par des entreprises privées ou de grands industriels (emplois fictifs ?) les violations répétées de la démocratie syndicale par des apparatchiks plus enclins à défendre leur nouveau statut qu’à servir les militants qui luttent dans les entreprises.
Nous avons déclaré notre opposition aux réformes structurelles de la CGT qui tendent à liquider le fédéralisme organisé autour du syndicat d’entreprise (c’est là que s’exercent les rapports d’exploitation et où se mènent les luttes des travailleurs) au profit d’un syndicalisme de négociation, professionnel, financé par les pouvoirs publics comme en Allemagne. Notons que dans ce pays, la cotisation syndicale est directement prélevée sur la fiche de paye.
Cette transformation s’inscrit dans le concept du « syndicalisme rassemblé », si cher à Bernard Thibault, qui prépare la fusion de la CGT et de la CFDT, conformément aux souhaits de la Confédération européenne des syndicats (CES) qui n’est autre qu’un rouage de la Commission de Bruxelles. Cette perspective commence à prendre corps avec l’annonce officielle de la fusion dans une nouvelle entité des fédérations CGT et CFDT des finances (comme quoi on commence toujours là où il est question de fric)
Nous avons aussi marqué notre opposition à la mutualisation des cotisations syndicales au niveau de la Confédération qui aura désormais la possibilité de couper les vivres aux syndicats réfractaires pour étouffer toute critique ou contestation.
Pour toutes ces raisons, notre collectif syndical est maintenant à abattre.
Ainsi, malgré cette situation nous avons réaffirmé notre refus de nous subordonner aux apparatchiks, de conserver notre droit à la parole et à la critique en prenant appui sur les statuts de la CGT où la liberté et la démocratie syndicale sont présentées comme étant leur pierre angulaire.
Nous avons effectivement réitéré notre point de vue et notre attachement aux principes fondamentaux qui ont fait et façonné toute l’histoire de la CGT. Une CGT indépendante du patronat et du pouvoir politique, au service des travailleurs en activité, en retraite ou privés d’emploi. Une CGT de classe, anticapitaliste et antilibérale, oeuvrant pour une véritable transformation sociale. Une CGT solidaire et internationaliste, militant pour la paix et dénonçant toutes les guerres impérialistes. Une CGT qui œuvre pour la protection de la nature et de l’environnement.
C’est dans un tel contexte que notre affiliation à la Fédération de l’énergie, rendu nécessaire par l’évolution de nos métiers (Dalkia Energie) a été unilatéralement rejetée par les instances de la CGT, en violation de l’article 8 des statuts. Cette décision nous a été signifiée lors de la réunion du 11 octobre 2004, à laquelle ont participé des représentants de la Confédération, des Fédérations de l’énergie et de la Construction et notre coordination nationale. Cette décision fut accompagnée d’une injonction à nous soumettre à la volonté des apparatchiks qui nous demandaient de liquider notre coordination nationale et de placer nos syndicats régionaux sous une triple tutelle (Fédérations, Union départementale et Union locale).
Suite à ça, nous avons interpellé directement Bernard Thibault pour qu’on nous accorde la possibilité de présenter toutes les pièces de notre dossier (demande) conformément à l’article 8 des statuts. Par courrier en date du 21 octobre 2004 (reçu le 15 novembre) ce dernier s’est subtilement déclaré incompétent et nous invite à nous plier aux décisions du 11 octobre.
Entre temps, Notre camarade Evelyne Gaillet de la région Nord a, la première, fait les frais de cet autoritarisme en se voyant retirer arbitrairement son mandat de déléguée syndical régional, alors que la FD de la Construction (qui reçoit des aides financières, sous forme de publicité, par Dalkia et Véolia environnement) a adressé des courriers à la Direction destituant Ali BEN DRIS, du mandat de délégué syndical central !…
Suivirent dans l’élan les destitutions unilatérales par la FD construction avec l'aval de la FNME-CGT(Fédération Nationale des Mines et de l'Energie ):
- Des mandats de délégué syndical national et régional (Atlantique) du camarade Bruno SINAGOGA secrétaire général de la coordination et qui se voit ouvertement mis en cause par la FD CGT de L’énergie qui cherche à l’exclure de ses responsabilités fédérales données par le 2 ième Congrès de la FNME de Biarritz.
- Des mandats de délégués syndicaux régionaux des camarades Ali BEN DRIS, Marie Yvonne D’ANGELO et Daniel DAGOU en Ile de France, des camarades Meziane MAOUDJ et Gilbert MOSER dans l’Est, Eric DARMET et Isidore BONIFACIO représentant syndical au CE en Atlantique, Christian GALLE, Philippe GATEAU et Pascal QUENARDEL en méditerranée
- Par une nouvelle décision d’autorité de la Commission Exécutive Fédérale de la FNSC CGT (construction) a dissout la Coordination Nationale des syndicats CGT Dalkia en novembre 2004, tout comme 3 syndicats d’Elyo IDF « jugés » trop contestataires.
Cher(e) camarade, les derniers conseils syndicaux et assemblées générales des militants et adhérents d’Atlantique, dans la droite ligne du congrès IDF qui s’est tenu le 23 septembre 2004 Paris et des commissions exécutives et assemblées générales des syndicats de l’Est et PACA/Languedoc-Roussillon ont adopté unanimement une résolution commune dans laquelle nous réaffirmons :
1. notre volonté de rester à la CGT par le canal de la Fédération de l’Energie,
2. notre décision de rompre tout lien organique avec la Fédération de la Construction non sans avoir dénoncé ses accointances avec la direction, son soutien inconditionnel à certains élus CGT de Dalkia qui «détournent » à leur profit personnel le budget de fonctionnement de leur CE, la liquidation des mandats des délégués syndicaux de tous les camarades et les méthodes antidémocratiques et autoritaristes de certains dirigeants fédéraux directement payés par des groupes comme Bouygues et consorts.
3. Notre volonté de maintenir la cohésion et l’unité de notre collectif syndical et prendrons nos responsabilités de nous organiser dans l’entreprise conformément aux principes fondamentaux du syndicalisme de lutte de classe, indépendant du patronat.
En effet, nous sommes arrivés aujourd’hui au terme de nos démarches pour conserver notre affiliation à la CGT. La fin de non recevoir que vient de nous infliger le Secrétaire général de la CGT, par le biais de l’animateur de l’espace vie syndical, nous place désormais devant nos responsabilités.
Nous actons ainsi notre désaffiliation de la CGT.
Confédération Générale du Travail
Aussi, notre corps militant a choisi d’activer sous l’entité
leCGT-E
Notre syndicat conserve ses valeurs de classe originelles. Il s’inscrit pleinement dans le syndicalisme de lutte et de proposition, indépendant du patronat et des pouvoirs publics et politiques, par opposition au syndicalisme d’accompagnement et de négociation, inféodé aux employeurs.
Bordeaux, le 03 décembre 2004